Nir

« Nous cherchons toujours à blâmer les autres pour nos problèmes »

52 ans, juif israélien, chorégraphe

  • Le mot que vous préférez: Présent.
  • Le mot que vous détestez: Ta gueule !
  • L’enterrement auquel vous iriez: Jim Morrison.
  • L’autre pays dans lequel vous aimeriez vivre: En Afrique.
  • Si vous étiez un plat: Un sushi.
  • Ce que Dieu vous dira à votre arrivée au paradis: Bravo!

L'interview

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  • Présentation
  • Chapitre 1: La religion
  • Chapitre 2: Les Palestiniens
  • Chapitre 3: Le conflit israélo-palestinien

Présentation
Je m’appelle Nir Ben Gal. Je vis dans le Mitzpe Ramon au milieu du désert. Je suis né dans le kibbutz Rosh Hanikra dans le nord d’Israël. C’est une communauté d’environ trois cents personnes qui vivent et travaillent ensemble. Il n’y avait pas d’argent à l’époque. Maintenant c’est différent. Avant, on ne recevait pas d’argent pour votre travail mais on recevait tout ce qui était nécessaire. Il y a une salle à manger où tout le monde prend ses repas ensemble. On ne vit pas dans la maison de ses parents. Il y a des parents mais on les rencontre seulement à quatre heure de l’après-midi jusqu’à huit heure. C’est une première chose. L’autre chose, c’est que tout le monde participe à chaque décision. Par exemple, si vous voulez aller danser, tous les gens du kibbutz s’assoient et votent. Cela peut mener à une certaine forme de violence.
J’ai commencé à apprendre à danser à l’âge de vingt-trois ans, ce qui est l’âge où normalement les gens arrêtent de danser. Et je suis tombé amoureux. Je me disais « waoh ! Danser, c’est génial ». Nous dansions d’une manière très israélienne. Le langage de nos mouvements était très israélien. En Israël, nous avons inscrit dans notre comportement de base le fait que si nous ne nous protégeons pas, quelqu’un voudra nous « foutre à la mer ». Cela rend les gens violents. Et c’est un grand stress pour nos corps. Je me suis toujours demandé ce qu’avait comme conséquence sur nos corps cette idée, ce stress de la survie en tant que juif ou en tant qu’israélien...

Présentation (suite)
Notre carrière s’est donc construite sur des mouvements israéliens très agressifs. A un moment donné, nous avons décidé d’enlever la violence de nos chorégraphies. Nous travaillions dans notre atelier et nous ne faisions rien qui avait à voir avec la violence, ce qui nous a amené à… rien. Car vous arrivez dans votre atelier, vous dites à un danseur « maintenant, tu jettes cette femme contre le mur » et tout le monde est content. Il sait ce qu’il doit faire. Elle sait ce qu’elle doit faire. Ca rend bien. Il y a un conflit, une belle danse. Mais si vous enlevez ça… Lorsque nous rentrions à la maison après une journée de travail, Liat, ma femme, disait « nous n’avons rien à montrer ». Et nous l’avons appelé « The danse of nothing ». Depuis lors, mon corps a appris qu’il pouvait vivre sans violence. Et si vous décidez que la violence n’est pas nécessaire et que personne ne veut vous jeter à la mer, que c’est juste votre imagination, alors la vie devient complètement différente. Quand je parle de conflit, je pense aux personnes qui blâment les autres pour leurs problèmes. Par exemple, si vous ne pouvez pas voyager, c’est parce que vos parents ne sont pas assez riches ou la situation est comme cela à cause du gouvernement ou à cause de ma petite amie, ou de mes enfants. Mais c’est toujours à cause de quelque chose que je suis comme ça. Ce qui n’est absolument pas vrai. Nous avons ce sentiment que quelqu’un nous fait du mal ou nous hait alors que ce n’est pas le cas. Vous savez, quand vous avez seize ans et que vous voyez quelqu’un rire dans la rue, vous êtes sûr que c’est de vous qu’il se moque alors que ça n’a rien à voir...

Chapitre 1
Pour moi, la religion est vraiment quelque chose qui nous éloigne de voir Dieu comme Il est et je n’aime pas vraiment cette idée qui veut que nous soyons les meilleurs, que nous soyons un groupe de personnes choisies par Dieu. Autant que je connaisse les gens, il n’y a pas de différences entre Chrétiens, Juifs ou Palestiniens, Muslmans, Bouddhistes. Nous sommes des gens qui veulent vivre heureux et tomber amoureux. Il n’y a pas de différences entre Israéliens et Français. Quoiqu’on en dise. Et il n’ya pas de différences entre les citadins et les gens qui vivent dans le désert. Nous sommes des humains.Il y a des différences mais… C’est le problème du monde : « c’est MA danse, c’est MON langage, c’est MA religion ! ». Et alors ? Qu’est-ce que cela peut me faire ?

Chapitre 2
De ce que je pense ou de ce que j’ai vécu, je me souviens que nous devions nous produire à un festival de poésie et l’idée de ce festival était de faire se rencontrer Israéliens, Palestiniens et Arabes – Egyptiens, Syriens, Gazaouis. Or, les Palestiniens ont décidé de ne pas y participer et je me suis dit que c’était vraiment étrange. En Israël, les artistes feraient n’importe quoi pour contribuer à la paix et pour rencontrer les Palestiniens. Mon sentiment est que mon identité en tant qu’Israélien, en tant que Juif est si forte que je n’ai pas peur de la mettre de côté ou de rencontrer d’autres gens mais je crois que l’identité des Palestiniens n’est pas encore assez claire pour eux-même.

Chapitre 3
J’y ai pensé aujourd’hui dans ma voiture. C’est incroyable comme dans nos vies nous blâmons les autres pour nos problèmes. Je sais pourquoi j’y ai pensé. Mon fils part bientôt pour la Pologne. Tous les enfants juifs israéliens vont à Auschwitz. Et il est particulièrement excité car ses grands-parents sont de là-bas. Et je me suis dit que les nazis, à l’époque, étaient sûrs que les Juifs étaient à l’origine de tous les problèmes et que s’ils résolvaient ce problème, tout serait réglé. Ils ne pensaient pas faire des horreurs. Ils pensaient que c’était la meilleure des choses à faire pour le monde. Maintenant, vous voyez ça et vous vous dites que c’est stupide. Mais lorsque vous regardez aux Etats-Unis les blancs et les noirs ou les Français qui détestent les étrangers ou les Flamands qui détestent les Wallons, les Palestiniens qui détestent les Israéliens et les Israéliens qui détestent les Arabes et tout le monde qui déteste les Juifs. Mais cela ne fait rien qui vous êtes, quelle est votre religion ou votre couleur, vous serez toujours sûr que les autres sont responsables de vos problèmes. Et les noirs penseront que ce sont les blancs et les blancs penseront que ce sont les noirs. Je ne sais pas pourquoi les Israéliens et les Palestiniens ne peuvent pas s’entendre mais pouvez-vous me dire pourquoi les blancs et les noirs, les hommes et les femmes ne peuvent pas trouver la solution ?
Je pense que lorsque je ne m’écoute pas, je ne peux pas écouter les autres.

Chapitre 3 (suite)
J’ai quatre enfants. J’ai d’abord eu deux garçons. Ma vie était très facile. Je comprenais ce qu’ils me disaient et pourquoi ils le disaient. Je comprenais ce qu’ils voulaient et je pouvais le leur donner. Puis j’ai eu deux filles. Et je n’avais aucune idée de ce qu’elles voulaient ou de pourquoi elles le voulaient maintenant et de comment je pouvais le leur donner. Des fois, je ne comprends pas pourquoi elle mette cette phrase à la suite de celle-ci. C’est comme si elle parlait un langage différent. Lorsqu’elles venaient me voir avec un problème, je voulais le résoudre alors que ce n’est pas ce qu’elles veulent. Elles veulent en parler. J’ai commencé à les écouter. Et tout le temps, je me disais « cela ne veut rien dire sur toi, elles parlent juste d’elles-mêmes. Tu écoutes, tu apprends quelque chose ». Depuis, ma relation avec ma femme est devenue bien meilleure. Avant, je ne l’écoutais pas. J’étais sûr que je savais tout et si elle disait quelque chose que je ne comprenais pas, je criais et luttais pour ma vie, pour mes idées ! Je ne crois pas que ce soit un problème spécifique aux Israéliens et aux Palestiniens. Si vous regardez autour de vous, vous voyez des gens qui ne s’écoutent pas. Les hommes qui n’écoutent pas leur femme. La plupart de mes problèmes, je les ai eus avec mes voisins, pas avec des Arabes.

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