24 ans, palestinienne, étudiante en sociologie
Présentation
Je suis Shaza. Parfois pas plus que cela ! J’étudie la sociologie et la psychologie à l’université de Bethléem. J’ai trois rêves dans ma vie : poursuivre mes études, jouer un rôle décisif dans le mouvement des handicapés en Palestine et vivre avec un cheval près d’une plage !
Chapitre 1
Je n’ai pas vécu très longtemps au camp d’Aïda puisque je suis parti en internat à deux ans et demi. Mais je me souviens que j’étais curieuse de savoir pourquoi les gens et les enfants ne jouaient pas avec moi et cherchaient à m’éviter. J’étais curieuse de savoir pourquoi je ne pouvais pas jouer comme eux.
Je me souviens aussi de ma famille. Ils m’entouraient beaucoup, me protégeaient. Ils voulaient satisfaire le moindre de mes désirs même si ce n’était pas « convenable » pour moi. Peut-être parce qu’ils se sentaient coupables ou peut-être parce qu’ils ne savaient pas comment s’y prendre. Ou peut-être simplement parce que j’étais leur fille et qu’ils m’aimaient !
Chapitre 2
J’avais treize ans et demi. J’ai passé l’été assise toute seule à penser à ce que je pouvais faire pour m’en sortir. C’était comme si j’étais en prison. Je ne faisais que penser. Soudain, je ne sais pas pourquoi, j’ai éteint la musique que j’écoutais, je suis sortie de ma chambre et j’ai commencé à jouer avec mes sœurs. Après tant de temps à penser à comment faire pour vivre dans ce monde, comment être moi-même, comment faire pour que les autres me comprennent et comment faire pour que je puisse comprendre les autres, je me suis dit à ce moment précis que si je voulais que les autres m’acceptent, je devais accepter les autres et m'accepter moi-même. Je me suis aussi dit que j’étais capable de le faire.
Chapitre 3
Comme beaucoup de sociétés, il faudra beaucoup de temps pour que les comportements négatifs soient gommés. Envers beaucoup de choses, pas seulement envers les handicapés. Envers les femmes divorcées. Envers les femmes en général ! Envers eux-même aussi !
Je ne pense pas que cette société comporte beaucoup de personnes qui croient en eux et en leurs capacités. Les gens pensent toujours que n’importe qui d’un autre pays fera toujours mieux. Ce n’est pas bien. Cela limite leur énergie et leurs réalisations.
Concernant les femmes, il s’agit des idées sur ce qu’elles doivent faire ou ne pas faire, sur ce qu’elles doivent porter ou ne pas porter. Cette société pense que les femmes sont faites pour certains métiers. De plus, les hommes peuvent rentrer tard chez eux le soir, pas les femmes. Les femmes ne peuvent pas déclarer leur flamme aux hommes qu’elles aiment. Ce sont les hommes qui choisissent les femmes et prennent l’initiative.
Les hommes peuvent accepter de vous fréquenter malgré votre différence mais ils ne se marieront pas avec vous. Peut-être parce qu’ils ont peur. Cette société a la peur du changement. Je peux le voir dans le comportement familial. Lorsque quelqu’un de nouveau intégre la sphère familiale – par exemple, si mon cousin se marie avec quelqu’un qui n’est pas connue de la famille – on entend des chuchotements sur la façon dont cette nouvelle personne se comportera, si elle nous comprendra, si elle nous acceptera. Je pense que tout ceci est lié à une faible estime de soi.
Chapitre 4
Elle ne prend pas une grande place dans ma vie! Beaucoup de gens considèrent la religion comme leur maison, que c’est là qu’ils se sentent en sécurité. Ce n’est pas mon cas. Je ne suis pas attaché à la religion. Peut-être parce que je ne veux pas être fatiguée de penser à comment le monde fonctionne, pourquoi la mer existe, les montagnes… Quand j’étais petite, j’ai demandé à ma mère pourquoi je ne pouvais pas voir et elle m’a répondu « Dieu veut ». J’ai dit « ok » ! J’avais un petit frère qui est mort à quarante jours. J’ai demandé à mon père pourquoi il était mort et il m’a répondu « Dieu veut ». J’ai dit « ok, super » !
J’évite de parler de ce genre de sujet. Mais lorsque cela arrive, je ne change pas mes mots si mon interlocuteur pense différemment. Il y a des gens qui respectent mon opinion et d’autres non. Il y a des gens qui refusent de m’écouter mais cela ne m’affecte pas. Pourquoi porter le voile si je ne le veux pas ? Pourquoi se priver de relations sexuelles avec la personne que j’aime même si je ne suis pas mariée ?
Chapitre 5
Ils viennent de partout dans le monde. Je sais que tous ne sont pas ces « Juifs » que l’on voit aux check points. Il y a beaucoup de gens parmi eux qui sont adorables. Ils ont besoin d’amour et de sécurité. J’en suis sûre. Mais ce que je peux vous dire, c’est que je ne veux pas en savoir plus parce que je me sens blessée par leur politique et leurs méthodes. Je ne peux pas oublier la façon dont nous étions obligés de rester dans nos maisons lorsqu’ils tiraient avec leurs grosses armes alors que nous n’avions que de petites armes ou des pierres. Je ne peux pas oublier qu’il y a encore beaucoup de gens dans leurs prisons et que personne ne sait quand ils seront libérés. Je ne peux pas l’oublier. Mais d’un autre côté, je n’ai rien contre eux. Vraiment.
Une fois seulement, j’ai eu l’opportunité de rencontrer un Israélien. Nous étions amis. Pas proches mais amis tout de même. J’avais onze ans et j’allais à un club pour enfants handicapés en Israël. Cet Israélien venait nous voir une fois par semaine et nous apprenait la musique. Je l’aimais bien. J’étais sûre que certaines des chansons qu’il nous enseignait étaient arabes. Mais il les chantait en hébreu. Je lui ai dit qu’il s’agissait de chansons arabes. Une fois, deux fois, trois fois. Au début, il est resté silencieux. La fois d’après aussi. Mais la troisième fois, il s’est énervé : « Tu dis toujours que ce sont des chansons arabes mais ce n’est pas vrai ! ». Je ne comprenais pas pourquoi il était en colère. Je lui avais fait ces remarques d’une façon tout à fait naïve.
Chapitre 6
Je ne préfère pas y penser et ne m’attendre à rien. La société n’a rien fait pour moi. Je ne dois compter que sur moi et je dois améliorer mes compétences.
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