Tharwa

« Je ne pense pas que nos problèmes finiront avec l’occupation »

33 ans, palestinienne musulmane, chargée de relations publiques

  • Le mot que vous préférez: Mumtaztic.
  • Le mot que vous détestez: Mentir.
  • L’enterrement auquel vous iriez: J’ai trop peur de la mort pour répondre à cette question.
  • L’autre pays dans lequel vous aimeriez vivre: L’Espagne, la Grèce, Chypre.
  • Si vous étiez un plat: Une mangue.
  • Ce que Dieu vous dira à votre arrivée au paradis: Oh mon Dieu, bienvenue chez toi.

L'interview

  • Présentation
  • Chapitre 1: Le retour
  • Chapitre 2: Naplouse et les Palestiniens
  • Chapitre 3: Naplouse et Ramallah
  • Chapitre 4: Les Israéliens
  • Chapitre 5: L'avenir

Présentation
Je m’appelle Tharwa abu Zeina. Je viens de Naplouse. Je suis née au Koweït et je suis revenue à Naplouse en 1992 après la fin de la guerre du Golfe. Mon père est venu au Koweït en 1958 pour venir en aide financièrement à sa famille. Je pense que le Koweït a une atmosphère différente de celle de la Palestine. D’abord, le Koweït n’est pas occupé. Vous pouvez rester dehors jusqu’à minuit. Vous pouvez faire ce que vous voulez. C’est plein de loisirs, de parcs, de cafés. La Palestine souffre du manque de sécurité. Mais en ce qui concerne la vie sociale, les Koweitiens sont juste concentrés sur leur travail et leur propre vie. Ils ne sont pas connectés avec leur famille ou leurs amis. A Naplouse, c’est différent. Tout le monde est comme votre gardien. Tout le monde vous demande si vous avez besoin de quelque chose, vous offre de l’aide, vous entoure. Ils arrivent à vous faire sentir ce sentiment agréable que vous n’êtes pas seul.

Chapitre 1
Mon père et ma mère sont originaires de Naplouse. Le Koweït était une étape pour eux. Après la fin de la guerre du Golfe, mon père s’est décidé à rentrer dans sa ville natale. Il nous a consulté car mes frères, mes soeurs et moi étions nés et avions grandi ici. Nous avons tous été d’accord. La guerre du Golfe n’a fait qu’accélerer les choses. Nous sommes arrivés en 1992 et les choses étaient en train de se calmer ici. Les traités de paix venaient d’être signés. Il y avait toujours l’occupation mais la situation se détendait et nous avons pu profiter d’une atmosphère de paix. J’avais vraiment envie de rentrer. Je voulais voir à quoi ressemblait Naplouse car mes parents m’avaient raconté beaucoup d’histoires à ce sujet. Ma mère me racontait aussi sa vie à Ramallah et à Jérusalem où elle avait vécu enfant. Mon père me racontait des histoires extraordinaires à propos de Naplouse, de sa famille, de ce qu’ils faisaient et la relation exceptionnelle qu’ils partageaient. Je voulais voir tout cela de mes propres yeux.

Chapitre 2
Naplouse est une grande ville, très peuplée. Vous pouvez rencontrer beaucoup de monde. Mais ce qui m’a vraiment choqué, c’était que je ne voyais pas d’étrangers. Au Koweït, nos voisins étaient de nationalités différentes : Libanais, Syriens, Egyptiens, Yéménites. Et j’ai réalisé que c’était une conséquence de l’occupation, que personne n’était autorisée à rentrer ici à part les Palestiniens. Et encore, pas tous les Palestiniens. J’ai realisé à seize ans ce que cela voulait dire d’être occupé. Pour moi, c’était vraiment étrange. J’étais au Koweït, je fréquentais des gens de différentes nationalités et ce n’était pas le cas ici. Mon père m’a dit que c’était comme ça, que nous étions occupés et que lorsqu’on est occupés, il faut se faire aux décisions de l’occupant.
Pour ma part, je n’aime pas parler de la souffrance des Palestiniens. Je peux vous dire que tous les Palestiniens essaient de vivre en paix et en harmonie. Peu importe ce qui arrive, ils ont cette force de continuer. Naplouse était vraiment enfermée par les check points. C’était très intense. Depuis, certains check points ont été repoussés. Ils ont dit qu’ils avaient été enlevés mais ce n’est pas le cas. Mais le simple fait de les avoir repoussés a procuré un sentiment de liberté et a rendu les gens très contents. Cela leur a donné l’espoir du lendemain. Ils se sont dits qu’ils allaient pouvoir se lever le matin sans avoir à affronter un check point ou un soldat sur la route mais plutôt un nouveau travail ou de nouveaux collègues...

Chapitre 2 (suite)
Je ne sais pas ce que je n’aime pas. Si : les hésitations de nos chefs politiques. Ils ne négocient pas bien. Ils ne prennent pas le chemin d’une paix pour tout le monde mais plutôt un chemin qui mène aux difficultés.
Je voudrais dire au monde que l’occupation n’est pas notre dilemme principal. Notre problème principal est en nous. Les gens doivent sortir de leurs abris et dire au monde qu’ils sont plein d’amour, qu’ils sont de bons travailleurs, de bons écoliers. J’aimerais que les médias se rendent compte que nous sommes profondément humains et des personnes cherchant la paix de l’esprit. Je ne pense pas que nos problèmes finiront avec l’occupation. Le chômage et la paurvété disparaîtront-ils avec la fin de l’occupation ? Je ne pense pas. Je vois dans d’autres sociétés dans le monde de forts taux de pauvreté, de criminalité et de chômage. Je pense que tous les membres de la société devraient sentir de l’harmonie en eux et ne pas mettre leurs problèmes sur le compte de l’occupation. Nous devons vivre avec cela. Je sais qu’il faut que cela se termine mais nous devons continuer à avancer dès maintenant.

Chapitre 3
Je dirai que Naplouse et Hébron sont des villes très conservatrices. Les gens vont à leur travail ou à l’école. Les magasins sont ouverts jusqu’au coucher du soleil vers sept ou huit heure. Mais, en comparaison, Ramallah est très vivante. Il y a beaucoup de gens, d’internationaux. Peut-être parce que tous les ministères et les ONG sont là-bas. Naplouse était la ville la plus importante au niveau économique. Mais depuis l’intifada d’Al Aqsa, tous les yeux se sont braqués sur cette ville parce que notre ancien président Arafat était là-bas et que toutes les institutions s’y trouvaient. Donc tous les efforts se faisaient à Ramallah. C’est pourquoi tout le monde veut aller vivre là-bas ou y étudier. Parce que c’est libre. On ne sent pas l’occupation.

Chapitre 4
Ils sont venus voler notre terre. Comment pourrait-on vivre avec eux ? Je ne sais rien de particulier sur eux. J’écoute la radio des Arabes israéliens qui racontent leurs problèmes. Je ne sais rien au sujet des Israéliens eux-mêmes. Mais je crois que comme ici, les gens ont d’autres vues que celles de leur gouvernement. Je pense qu’ils veulent aussi en finir avec tout cela.

Chapitre 5
Oh mon dieu ! J’espère que je ne vais pas vieillir et que je ne vais pas devenir chauve. Inch’Allah , il y aura la paix. Et j’espère trouver la paix intérieure.

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